27/01/2010

"Délit d'Allah"

Malaisie lundi18 janvier 2010

Des églises attaquées pour «délit d’Allah»

Arnaud Dubus

malaisie_reliefUne dizaine d’églises à travers le pays ont été visées par des bombes incendiaires ou aspergées de peinture depuis qu’un journal chrétien a obtenu le droit d’utiliser le mot «Allah» pour désigner Dieu. Le gouvernement affiche une attitude ambiguë

Deux longues taches noires défigurent la façade ornée d’une grande croix rouge de l’église du Bon Pasteur dans la banlieue de la capitale malaisienne Kuala Lumpur: le résultat d’une attaque à coups de cocktails Molotov qui s’est produite début janvier. «Ils ont raté les vitraux de quelques dizaines de centimètres. S’ils avaient visé juste, notre église aurait complètement brûlé», dit Francis Lee, membre du comité de l’église.

«Sujet trop sensible»

Dans une autre banlieue de la capitale, l’église protestante Metro Tabernacle, fermée par des rideaux de fer noircis par l’incendie, n’a pas eu la même chance. Des tiroirs de bureaux calcinés et des claviers d’ordinateurs fondus sont empilés sur le trottoir. «Vous pouvez prendre des photos, mais je ne peux faire aucune déclaration. Le sujet est trop sensible», glisse Kevin Ang, un administrateur de l’église. Les chrétiens de Malaisie sont sous le choc. Depuis début janvier, une dizaine d’églises à travers le pays ont été attaquées avec des bombes incendiaires, des pierres ou simplement aspergées de peinture.

Des manifestations ont été organisées à la sortie des mosquées pour affirmer qu’Allah était «exclusivement réservé aux musulmans». Lors d’un sermon dans la mosquée centrale de l’Etat de Selangor, un imam a demandé aux fidèles de «s’unir contre les chrétiens pour protéger la sainteté de l’islam». «Ils ont le sentiment que leur religion est en état de siège. Même des musulmans éduqués disent: nous vous avons donné nos terres, nous vous avons donné nos droits, maintenant vous voulez nous prendre le dernier fief qui nous reste», explique Tricia Yeoh, une chrétienne qui travaille pour le gouvernement de Selangor.

En état de siège? Le sentiment semble étrange, les Malais musulmans constituant la grande majorité du pays. Mais ceux-ci disent s’inquiéter d’une hypothétique vague de conversions de musulmans au christianisme, ce qui n’a jamais été confirmé par des statistiques.

Et ils craignent que l’utilisation du mot Allah par des chrétiens ne «trompe» certains musulmans et ne les amène à changer de religion. Même des Malais musulmans dénigrent cet argument. «Je pense que si des musulmans entendent parler du «fils de Dieu», ils sont capables de comprendre qu’il ne s’agit plus de l’islam. Nous ne sommes pas idiots à ce point», rétorque Azmi Sharom, professeur de droit à l’Université de Malaya. Parmi les chrétiens de Malaisie, le terme arabe «Allah» est surtout utilisé par les populations des Etats de Sabah et de Sarawak, sur la partie malaisienne de l’île de Bornéo. Converties depuis des siècles au christianisme, elles utilisent le malais comme langue véhiculaire. Tant que cet usage du terme «Allah» a été confiné à cette partie de la Malaisie, il n’a pas créé de controverse. Mais ces dernières décennies, beaucoup de ces membres des tribus de Sabah et de Sarawak ont émigré vers la partie péninsulaire de la Malaisie, amenant dans leurs bagages leur liturgie en malais.

Attiser les tensions

«Ces attaques n’auraient pas eu lieu si les chrétiens avaient simplement dit qu’ils abandonneraient l’utilisation du terme Allah», a déclaré le vice-premier ministre Muhyiddin Yassin auprès d’étudiants. Après un sérieux revers électoral en mars 2008, le parti malais Umno, au cœur de la coalition gouvernementale, tente de renforcer sa base en attisant les tensions religieuses, notamment par des commentaires enflammés dans le journal Utusan contrôlé par le pouvoir.

«Ces dernières années, l’Umno a fait en sorte que les musulmans se sentent menacés, par un barrage constant de propagande», estime Azmi Sharom. Mais, malgré les pressions, les leaders chrétiens restent fermes sur leurs positions. «Nous nous battrons pour la liberté de religion qui est garantie par la Constitution. Pourquoi abandonnerions-nous ce terme alors que les chrétiens l’utilisent depuis des siècles et que la décision de justice est favorable?» lance Hermen Shastri, secrétaire général du Conseil des Eglises de Malaisie.

07/12/2009

Malaisie : 15 000 bibles confisquées

Malaisie : 15 000 bibles confisquées

Source : Portes Ouvertes

malaisie2Depuis mars dernier, la Fédération des Chrétiens de Malaisie (FCM) est alarmée : plus de 15 000 bibles ont été saisies par les douanes malaisiennes ces derniers mois, car le nom d'Allah y apparaît. « La confiscation de ces bibles est une violation de l'article 11 de la Constitution qui donne le droit à tous les Malaisiens de professer et de pratiquer sa foi » a déclaré le président de la FCM, Tan Kong Beng. La situation se durcit et la FCM craint une interdiction de toute littérature chrétienne si les choses ne changent pas rapidement, c'est pourquoi elle demande que les bibles soient rendues et tente d'instaurer un dialogue avec le gouvernement. En Malaisie, déterminer si le mot « Allah », seule traduction pour parler de Dieu, est réservé aux musulmans ou s'il peut aussi être utilisé par les chrétiens, provoque un véritable débat de société depuis plusieurs années.