04/09/2008

La crucifixion dans les "actes de Jean"

(Cet article s'inscrit dans le débat islamo-chrétien au sujet de la crucifixion. Voir également http://christianisme.skynetblogs.be/post/6081015/temoins-...)

 

apocryphesSous le titre provocateur « Jésus n’a pas été tué », un exégète amateur musulman publie ses fantasmes sur le site de video dailymotion.

Parmi ses arguments, il a dégoté une phrase ambiguë dans le livre apocryphe « actes de Jean ».

Tous les textes chrétiens, apocryphes y compris, sont unanimes pour affirmer la crucifixion de Jésus.  Les « actes de Jean » ne font pas exception à la règle. Et pourtant, le manipulateur y a extrait ce verset où Jésus dit : « je ne suis pas non plus celui qui est sur la croix ».

Tout naïf tomberait dans le panneau croyant tenir là un texte contredisant la foi chrétienne, alors qu’au contraire, ce texte soutient l’importance de la crucifixion.

 

Cette phrase, issue du verset 99, est sortie de son contexte.

Remplaçons-le dans son contexte et lisons les versets 97 à 99 de ce livre (qui, je le rappelle, est apocryphe)

97. Après avoir dansé cette danse avec nous, bien-aimés, le Seigneur s’en alla. Et nous, comme des gens égarés et séparés de leur maître, nous fuîmes qui d’un côté qui d’un autre. Quand à moi, l’ayant vu souffrir, je n’assistai pas non plus à sa passion, mais je m’enfuis sur le mont des Oliviers, pleurant sur ce qui s’était passé. Et, lorsque le vendredi, jour de la préparation, il fut suspendu à la croix, à la sixième heure du jour, il y eut des ténèbres sur toute la terre. Et mon Seigneur, se tenant au milieu de la caverne, l’illumina et dit : “Jean, je suis crucifié par la foule d’en bas à Jérusalem et suis percé de lances et de roseaux et je suis abreuvé de vinaigre et de fiel. Je te le dis, et écoute ce que je dis. C’est moi qui t’ai mis dans l’esprit de monter sur ce mont pour que tu entendes ce qu’il faut que le disciple apprenne du maître, et l’homme, de Dieu.”

98. Sur ce, il me montra une croix bien compacte de lumière et autour de la croix une foule nombreuse qui ne présentait pas un seul aspect. Mais dans la croix il n’y avait qu’un seul aspect et une seule ressemblance. Le Seigneur lui-même, je le voyais au-dessus de la croix n’ayant pas une figure, mais seulement une certaine voix, une voix qui n’était pas celle qui était habituelle, mais douce et gentille et vraiment une voix de Dieu, qui me disait : “Jean, il faut qu’il y en ait un qui entende ces choses de moi : j’ai besoin d’un auditeur qui doive m’entendre. Cette croix de lumière est appelée tantôt par moi Verbe à cause de vous, tantôt Intellect, tantôt Jésus, tantôt Christ, tantôt Porte, tantôt Chemin, tantôt Pain, tantôt Semence, tantôt Résurrection, tantôt Fils, tantôt Père, tantôt Esprit, tantôt Vie, tantôt Vérité, tantôt Foi, tantôt Grâce. Elle est appelée de ces noms en tant que par rapport aux hommes. Mais ce qu’elle est en réalité, en tant que conçue en elle-même et dite par rapport à nous, elle est la séparation de toutes choses et la ferme élévation de choses composées d’éléments instables, et l’harmonie de la sagesse, une sagesse consistant en harmonie. Il y a des lieux à droite et à gauche, des Puissances, des Autorités, des Principes et des Démons, des Energies, des Menaces, des Colères, des Diables, Satan et la racine d’en bas, de laquelle est issue la nature des choses qui viennent à l’être.

99. Telle est donc la croix qui d’une parole a fixé le Tout et qui a séparé les choses issues de la génération et les choses plus basses, qui ensuite a tout combiné en une même unité. Cette croix n’est pas la croix de bois que tu dois voir en descendant d’ici ; et je ne suis pas non plus celui qui est sur la croix, qu’à cette heure tu ne vois pas, dont tu entends seulement la voix. J’ai été pris pour ce que je ne suis pas, n’étant pas ce que j’étais aux yeux de beaucoup d’autres, mais une autre chose. Ils me nommeront une chose vile, indigne de moi. De même donc que le lieu du repos n’est pas vu et qu’on ne parle pas de lui, à bien plus forte raison le Seigneur de ce lieu ne sera pas vu et l’on ne parlera pas de lui.

 

 

Donc dans le verset 97, Jésus affirme être crucifié par la foule à Jérusalem  « Et mon Seigneur, se tenant au milieu de la caverne, l’illumina et dit : “Jean, je suis crucifié par la foule d’en bas à Jérusalem et suis percé de lances et de roseaux et je suis abreuvé de vinaigre et de fiel." »

Mais le verset 99 évoque une autre croix, une croix de lumière surmontée de la voix de Dieu décrite au verset 98, qu’il distingue de la croix d’« en bas » : « Cette croix n’est pas la croix de bois que tu dois voir en descendant d’ici ; et je ne suis pas non plus celui qui est sur la croix, qu’à cette heure tu ne vois pas, dont tu entends seulement la voix. »

 

Lisons également le dernier verset :

Verset 115. Et, ayant fait sur lui le signe de la croix, il se dressa debout tout entier et dit : “ Tu es avec moi, Seigneur Jésus-Christ. ”

Faire le signe de croix est typique de l’église catholique et d’écrits tardifs, mais quoiqu’il en soit, cela représente bien l’importance que la crucifixion a dans le christianisme.

 

Ce texte apocryphe est très confus et explique de manière un peu maladroite la double nature du Christ (Jésus-homme et Jésus-Dieu) en décrivant la crucifixion de Jésus-homme sur croix de bois à Jérusalem et une croix de lumière assimilée à Dieu (« voix de Dieu », « appelée tantôt Fils, tantôt Père, tantôt Esprit ») sur laquelle Jésus-homme ne se trouve pas.

 

Il faut vraiment être malhonnête pour tenter de duper les gens en extrayant un morceau de verset parmi tous ces textes et en détourner le sens.

L’ensemble des textes chrétiens confirme la crucifixion.  Tout cela me conforte dans l’idée que l’islam ne tient pas sur des bases solides.