07/11/2008

"Le christianisme fait partie de notre héritage national"

"Le christianisme fait partie de notre héritage national"

 

kobia"Le christianisme fait partie de notre héritage national", déclare le Premier ministre indien au pasteur Kobia

par Anto Akkara (*)

 

Le Premier ministre indien Manmohan Singh a affirmé que "le christianisme fait partie de notre héritage national" à l'occasion de la visite que le pasteur Samuel Kobia, secrétaire général du Conseil œcuménique des Eglises (COE), lui a rendue le 18 octobre à sa résidence de New Delhi.

 

"Nous avons été très heureux d'entendre le Premier ministre indien nous dire cela", a déclaré le pasteur Kobia lors d'une conférence de presse tenue à la suite de cette rencontre.

 

Le commentaire du Premier ministre réfute les allégations des groupes nationalistes hindous qui qualifient le christianisme de "religion étrangère" pour justifier leurs attaques dirigées contre la communauté chrétienne indienne, qui représente 2,32% du milliard d'habitants que compte le pays.

 

En fait, le christianisme a une plus longue histoire en Inde que dans les bastions chrétiens d'Europe et d'autres régions occidentales. Comme le rapporte la tradition, c'est en 52 de notre ère que l'apôtre Thomas aborda au Kerala, sur la côte sud-ouest du pays, en compagnie de négociants en épices, posant ainsi au "pays des noix de coco" les bases d'une communauté chrétienne très vivante.

 

Au cours de l'audience d'une demi-heure accordée au secrétaire général du COE, le Premier ministre Singh a affirmé que le gouvernement de coalition (United Progressive Alliance) qu'il préside s'est engagé à "restaurer la normalité" et à mettre fin aux attaques dont les chrétiens sont victimes dans l'Etat oriental d'Orissa et dans d'autres régions du pays.

 

En réponse à la "vive préoccupation" exprimée par le pasteur Kobia face aux atrocités commises contre des chrétiens, notamment dans l'Orissa, M. Singh a rappelé que la Constitution indienne garantit à chacun "la liberté de pratiquer et de diffuser sa religion", affirmant à son interlocuteur que son gouvernement allait prendre des mesures pour rétablir la confiance au sein de la communauté chrétienne.

 

Le Premier ministre a en outre promis que le gouvernement fédéral offrirait une aide financière pour reconstruire les églises détruites ou endommagées et qu'il viendrait au secours des familles chrétiennes qui ont perdu leur logement et leurs biens du fait de ces violences.

 

Attaques contre les chrétiens

 

Dans l'Orissa, les violences antichrétiennes ont été déclenchées par l'assassinat du responsable hindou Swami Lakshmanananda Saraswati, commis le 23 août. Bien que des rebelles maoïstes aient revendiqué cet acte, des groupements hindous ont affirmé qu'il s'agissait d'un complot chrétien, car le notable assassiné, qui résidait à Kandhamal, avait mené une campagne vigoureuse contre les conversions au christianisme.

 

Au cours de ce déchaînement de violence, 54 chrétiens au moins ont été tués, tandis que plus de 5'000 maisons et 142 églises chrétiennes, ainsi que d'autres institutions, étaient pillées et incendiées par des fondamentalistes hindous de Kandhamal, où les chrétiens constituent plus de 20% des 500'000 habitants.

 

Comme des groupes de pillards hindous obligeaient des chrétiens à se convertir à l'hindouisme, plus des deux tiers des 100'000 chrétiens de Kandhamal durent se réfugier dans la jungle ou dans des camps d'accueil créés par le gouvernement, tandis que d'autres quittaient les régions rurales pour trouver refuge en ville.

 

"J'ai exprimé au Premier ministre la préoccupation de la communauté chrétienne internationale au sujet de la situation dans l'Orissa et d'autres régions", a déclaré le pasteur Kobia aux médias. "Nous voulons que le gouvernement garantisse la paix et rétablisse la confiance, afin que les chrétiens puissent rentrer dans leurs villages et y vivre sans crainte."

 

Le secrétaire général du COE a ajouté qu'il incombe au gouvernement Singh "de protéger les minorités religieuses", soulignant avec satisfaction que les autorités avaient, une semaine auparavant, convoqué une réunion du Conseil national de l'intégration pour examiner la situation et exercer des pressions sur le gouvernement de l'Orissa. En outre, le gouvernement fédéral a envoyé d'urgence plus de 6'000 soldats dans le district de Kandhamal, à la demande des autorités de l'Orissa.

 

Responsabilité de l'Etat

 

Dans le système indien, l'Etat fédéral a la responsabilité d'assurer la sécurité publique, et le gouvernement central peut démettre les autorités élues d'un Etat si elles se révèlent incapables de faire respecter la loi.

 

Cependant, les commentateurs politiques estiment qu'une mesure aussi rigoureuse serait "suicidaire" pour le gouvernement fédéral, car elle ferait le jeu des nationalistes hindous – qui y verraient la preuve d'une conspiration chrétienne visant à convertir l'Inde – alors que des élections nationales doivent se tenir ces prochains mois.

 

L'Etat d'Orissa est dirigé par une coalition qui inclut le parti nationaliste hindou BJP (Bharatiya Janata Party ou Parti du peuple indien); de nombreuses voix se sont élevées pour accuser ce gouvernement d'avoir fermé les yeux sur les violences concertées qui affectent les chrétiens depuis maintenant sept semaines.

 

Le pasteur Kobia a exprimé au Premier ministre indien sa préoccupation de voir "la réputation de laïcité" de l'Inde "entachée" par la poursuite des attaques dirigées contre les chrétiens. Le chef du gouvernement a déclaré que celui-ci n'épargnerait aucun effort pour assurer "la liberté de culte" des chrétiens dans l'Etat méridional de Karnataka, où des groupes hindous empêchent des communautés évangéliques ne disposant pas de lieux de culte de tenir leurs réunions de prière dans des salles louées.

 

Dialogue sur les conversions

 

Répondant à une question au sujet des conversions forcées, le pasteur Kobia a déclaré que "toute conversion est une affaire de conscience et de foi". Il a rappelé que le COE travaillait – en coopération avec des partenaires chrétiens – à l'élaboration d'un "code de bonne conduite sur la conversion" et qu'il est engagé dans des dialogues avec des représentants d'autres religions en vue de parvenir à un consensus au sujet de ce code, convaincu que la foi ne devrait pas être source de conflit entre les communautés.

 

"Les actes commis sont vraiment sanguinaires et les chrétiens sont massacrés comme des agneaux", a déclaré lors de la conférence de presse l'évêque méthodiste Tharanath Sagar, président du Conseil national des Eglises de l'Inde (NCCI). L'évêque Sagar, membre du Comité central du COE, faisait partie de la délégation qui a rencontré le Premier ministre, délégation qui comprenait également Mathews George Chunakara, responsable du programme du COE pour l'Asie, et P. J. Kurien, membre éminent du Parlement indien et fidèle de l'Eglise Mar Thoma.

 

Des douzaines d'églises et de salles de prière ont été la cible de fondamentalistes hindous dans l'Etat de Karnataka et à Bangalore, sa capitale, où réside l'évêque Sagar. "Nous assistons en ce moment à une campagne systématique visant à déchirer le tissu social indien à des fins politiques", a déclaré l'évêque lors de la conférence de presse, "et les conversions ne sont qu'un prétexte servant à justifier les attaques contre les chrétiens."

 

Ces violences antichrétiennes généralisées s'inscrivent dans la perspective des élections nationales prévues pour le début de 2009. On estime qu'il s'agit d'une campagne concertée qui prend prétexte de prétendues conversions pour gagner la faveur des électeurs et renforcer la majorité hindoue au pouvoir.

 

(*) Anto Akkara, journaliste indépendant à Bangalore, Inde, est correspondant d'ENI (Ecumenical News International).

 

 

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