14/09/2008

Un Egyptien demande à la justice de reconnaître sa conversion

Un Egyptien demande à la justice de reconnaître sa conversion

Source : La Croix

 

Le Haut Tribunal administratif égyptien doit se prononcer aujourd’hui sur le cas d’un musulman demandant que l’état civil enregistre sa conversion au christianisme

 

«Je suis né musulman, mais je veux devenir officiellement chrétien sans être qualifié d’apostat. J’en ai le droit », affirme Maher Al Gohari, un homme de 56 ans. C’est la deuxième fois en l’espace d’un an qu’un musulman égyptien tente de faire reconnaître sa conversion au christianisme. Cette revendication, impensable il y a une décennie, aurait été encouragée par le vent de démocratie qui commence à souffler en Égypte, ainsi que par l’action des ONG des droits de l’homme.

 

Premier cas. En août 2007, Ahmed Hegazy demande au tribunal administratif de remplacer la mention « musulman » par celle de « chrétien » sur sa carte d’identité. Le procès ne s’achève pas en sa faveur : le juge s’appuie sur la loi coranique, source principale du droit selon l’article 2 de la Constitution égyptienne, pour affirmer qu’il est impossible de quitter l’islam, « religion finie et accomplie », pour une autre dénomination confessionnelle.

 

Cet échec, enregistré en janvier 2008, n’entame pas l’enthousiasme de Maher Al Gohari, dont le nom chrétien est Peter Ethnassios. Il se rend en mai aux registres de l’état civil de son quartier et réclame la modification de sa religion sur sa carte d’identité. Les fonctionnaires refusent, l’insultent, le traitent d’apostat. La loi l’autorise à soumettre son cas au Haut Tribunal administratif deux mois après le refus des fonctionnaires de l’état civil. Un jeune avocat, Nabil Goubraïl, accepte de plaider sa cause et l’audience est fixée ce 2 septembre.

 

Menaces de mort

Aujourd’hui, Gohari se cache pour échapper aux menaces de mort. Mais début août, Maher Al Gohari déclare, lors d’une émission très suivie sur la chaîne satellitaire Dream II, qu’il a l’intention de devenir officiellement chrétien. Des milliers de téléspectateurs prennent note. On le traite d’apostat, certains journaux dénaturent ses propos, sa famille se sent déshonorée. « Mon jeune frère le savait, mais depuis il me guette avec un revolver pour m’abattre », raconte-t-il avec amertume lors d’un entretien téléphonique organisé pour La Croix grâce à son avocat. Car aujourd’hui, Maher Al Gohari doit se cacher.

 

Pour fuir les diverses menaces de mort, acte légitime contre un apostat selon la loi islamique, il a quitté sa maison. Avec sa fille Dina, 14 ans, il vit dans un petit appartement de banlieue dont nul ne connaît l’adresse. « Je ne suis pas sorti dans la rue depuis vingt jours. Dina fait les courses. » Un silence, puis il ajoute : « Je n’avais pas prévu de telles réactions. Je voulais, grâce à ce procès, ouvrir la porte à d’autres musulmans qui sont dans mon cas. »

 

Fils cadet de l’un des assistants du ministre de l’intérieur, il suit en 1976 des cours à l’académie de police. « Un jour, j’ai entendu l’officier instructeur insulter un de mes camarades coptes, Magdi, qui lisait l’Évangile. Je me suis approché et j’ai vu Magdi pleurer. Cela m’a révolté. J’ai emprunté son Évangile, et le soir j’ai parcouru les textes avec un vif intérêt. Mon père m’a surpris et m’a interdit de garder ce livre à la maison. »

 

Religion d'amour

Le futur officier lit pourtant en secret d’autres ouvrages consacrés au christianisme. « J’ai senti que cette religion d’amour et de pardon était le véritable chemin pour arriver à Dieu. » Il cesse de pratiquer l’islam et obéit aux principes chrétiens. Sa famille le traite en brebis galeuse, mais évite d’ébruiter son choix. Il quitte l’académie de police, puis la maison paternelle, et exerce toutes sortes de travaux. « Quand mon employeur s’apercevait que je ne vivais pas en bon musulman, il me licenciait… »

 

Maher Al Gohari tente en vain de se faire baptiser. Les prêtres coptes auxquels il s’adresse refusent d’assumer une telle responsabilité. À 40 ans, il épouse une musulmane sans lui cacher ses convictions chrétiennes. Une fille naîtra, Dina, devenue elle-même chrétienne de conviction. Au fil des ans, las de ses démêlés religieux avec sa femme, Maher divorce. Il se remarie plus tard avec une musulmane conciliante, qui finira par adopter sa foi.

 

En 2000, Maher Al Gohari se rend à Chypre avec son épouse et ses filles d’un premier mariage. Le groupe se fait baptiser. De retour au Caire, il devient copte et fait baptiser sa fille Dina. Cette conversion émeut les coptes, mais le fait de vouloir l’officialiser les intrigue. « Pourquoi aujourd’hui après trente années de silence ? », s’interrogent-ils. Par ailleurs, ils redoutent la réaction de colère des certains islamistes. « Quelle que soit l’issue du procès, je ne regrette pas ma décision », assure pourtant Maher Al Gohari.

 

Pour obtenir gain de cause, Me Nabil Goubraïl compte invoquer le principe de la liberté de religion prévu par la Constitution égyptienne, celui de « pas de contrainte en religion », repris du Coran par la loi islamique et tous les traités internationaux relatifs aux droits de l’homme signés par l’Égypte. L’audience, prévue aujourd’hui, fera sûrement salle comble.

 

Denise AMMOUN, au Caire

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