23/08/2008

Prier comme on respire

Prier comme on respire

(Source : Journal chrétien)

lundi 11 août 2008

 

Pour la plupart des gens, la prière est associée à des endroits et à des moments particuliers. On pense au culte à l’église. Elle est aussi associée à des rites et à des gestes particuliers comme le prosternement chez les musulmans. Or le théologien Karl Barth, en étudiant la prière chez les Réformateurs, dans un très beau livre intitulé sobrement « la prière », montre que prier c’est beaucoup plus que quelques moments ritualisés de l’existence : la prière est d’abord et surtout une attitude de vie.

 

Dans la prière, il en va de notre existence vue à la lumière de l’Evangile. Elle révèle la faiblesse de notre foi ainsi que notre incapacité à vivre pleinement en disciple du Christ. La prière chrétienne est donc le cri du croyant qui implore Dieu de l’aider, de l’accompagner et de le soutenir dans son effort de conduire sa vie en fidélité à l’Evangile. La prière n’est ni plus ni moins qu’un aveu de faiblesse de l’homme croyant, conscient de la pauvreté de sa foi et de l’imperfection de son obéissance.

 

Une nécessité

 

Vue ainsi, elle est une nécessité existentielle, et en aucun cas une bonne œuvre pieuse et gentillette. Puisque Dieu nous a déjà tout donné en Christ, on pourrait se dire que la prière est superflue. C’est le contraire qui est vrai ! Le chrétien n’a pas le choix : sans ce dialogue avec Dieu, sans cette aide reçue, il ne peut faire face au défi que lui impose sa foi de se mettre en route avec le Christ. « Ainsi, il n’est pas possible de dire : je prierai, ou je ne prierai pas, comme s’il s’agissait d’un acte à bien plaire. Etre chrétien et prier, c’est une seule et même chose qui ne peut être livrée à notre caprice. C’est un besoin, une sorte de respiration nécessaire pour vivre », écrit Karl Barth. Pour le dire en des termes pauliniens, conscient de son incapacité à pratiquer la loi, le croyant accepte de ne vivre que de la grâce de Dieu. La prière est donc aussi reconnaissance.

 

Même si j’insiste beaucoup sur l’aspect intime et personnel de la prière chrétienne, il ne faut pas oublier qu’elle comporte toujours une dimension communautaire. Barth l’exprime ainsi : « La prière ne peut en aucun cas nous éloigner des hommes ; elle ne peut que nous unir puisqu’il s’agit ici d’une question qui nous concerne tous. »

 

Du cœur et de l’esprit

 

Nous l’avons vu, fondamentalement la prière est d’abord silence devant le chaos existentiel auquel seul Dieu peut donner sens. Ensuite, elle est reconnaissance pour l’amour agissant de Dieu dans nos vies. La prière ne peut donc être un creux bavardage ni une récitation mécanique, c’est un acte impliquant l’esprit et le cœur. Il est essentiel de comprendre sa prière et celle des autres ! Voilà pourquoi la réforme a condamné l’usage du latin (en vigueur jusqu’en 1968 dans l’Eglise catholique romaine) et le parler en langue (pratiqué dans les communautés pentecôtistes). La prière parlée se doit d’être sobre et brève, à l’image de la prière des chrétiens : « le Notre Père ».

 

Pour terminer, n’occultons pas un aspect controversé, mais bien présent de la prière, y compris de la prière chrétienne : la demande. « Parce qu’il est notre Dieu en Jésus-Christ, Dieu lui-même nous pousse à prendre, devant lui, une attitude qui semble à première vue téméraire et osée ; il nous oblige à le rencontrer avec une certaine audace : « Tu nous as fait des promesses, tu nous as commandé de prier ; et me voilà, je viens, non pas avec mes idées pieuses, ou parce que j’aime prier (peut-être que je n’aime pas prier) et je te dis ce que tu m’as demandé de te dire : aide-moi dans les nécessités de ma vie. Tu le dois ; je suis là. » Luther a raison : la position de l’homme qui prie exige la plus grande humilité en même temps qu’une attitude d’audace. »

 

En tant qu’attitude existentielle, reflet de nos doutes et de nos certitudes de croyants, la prière ne peut être réduite à un acte précis lié à une attitude, à un moment et à des paroles précises : elle est relation vivante entre le croyant et son Dieu en tous lieux et en tout temps.

 

Philippe Kneubühler/ VP

 

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