15/08/2008

Ce que l'on doit aux protestants

Ce que l'on doit aux protestants

(Source : Journal Chrétien)

 

topinfo_8018Comment aborder un tel sujet sans paraître prétentieux ? Peut-on affirmer que le protestantisme est à l'origine de traits marquants de notre mode de vie et qu'il a créé des institutions dont tout le monde reconnaît aujourd'hui l'utilité et la valeur ?

 

Le fait même que je commence par une interrogation plutôt que par une affirmation est déjà significatif. Cette réserve parfois excessive trouve son origine, pour certains, dans l’identité réformée. La crainte de « paraître » est nourrie de la conscience du danger de la glorification, de la tentation si humaine de dénier la grâce divine qui seule sauve le pécheur.

 

Responsabilité individuelle

 

La contribution fondamentale du christianisme au développement de la pensée humaine pourrait bien être l’émergence de la conscience individuelle. Par ses paroles et par ses actes, Jésus montre que Dieu accorde sa reconnaissance à la personne, et non à la famille, au clan, à la nation ou à une autre identité collective. Le protestantisme a largement contribué à la mise en valeur et au renforcement de cette conscience en mettant l’accent sur la responsabilité individuelle. Appelé à se présenter devant Dieu avec l’ensemble de sa personne et de ses actes, le croyant est responsable de ce qu’il aura fait de la grâce reçue. Calvin appelait cela la sanctification du croyant. Agir de manière responsable dans le monde et au service des hommes pour la gloire de Dieu, telle est la vocation du croyant.

 

La foi est un regard porté sur l’ensemble de la vie. De la culture musicale à la vie sexuelle, de l’architecture au vocabulaire, partout on trouvera des traces de nos convictions religieuses et de l’influence du protestantisme.

 

En conservant cet esprit critique propre au protestant, on admettra aussi que si les initiatives que j’évoque sont nées de la volonté de croyants et de communautés protestantes, elles se sont développées dans le sens d’une laïcisation, parfois acquise contre la volonté ecclésiale. Cette laïcisation est toutefois conforme à l’esprit protestant décrit ci-dessus. La fonction diaconale de l’Eglise est prophétique : elle signale des lieux de souffrance et d’exclusion en proposant des solutions concrètes de soutien et d’accompagnement des personnes concernées. Mais elle ne saurait pallier à elle seule les carences de l’Etat et les défaillances de la société.

 

Aide aux malades et aux démunis

 

Prenons le domaine de la santé et du social. En terre protestante, de nombreuses œuvres ont été créées par l’Eglise réformée ou par des particuliers, au nom de leurs convictions religieuses. C’est l’expression protestante de la tradition biblique d’aide aux malades et aux démunis, commune à toutes les confessions chrétiennes. Une grande partie des institutions de santé et plus largement du domaine social sont nées de cette manière. Des initiatives issues des Eglises réformées marquent encore nos cantons et sont actuellement en pleine évolution. Que l’on songe au secteur de l’aide familiale et des soins à domicile, au domaine de l’aide apportée aux toxicomanes, ou encore à celui de la réinsertion professionnelle.

 

Un aspect de l’action protestante est de chercher à développer la qualité des services et le professionnalisme qui la permet. La vocation d’apporter soutien et réconfort aux malades a été modernisée et professionnalisée par les sœurs diaconesses de Saint-Loup, ordre protestant qui a en particulier créé une école de soins infirmiers. Dans ce domaine comme dans celui du travail social ou encore de l’enseignement, les professions se sont laïcisées après avoir été constituées à partir de projets ecclésiaux. L’essentiel, aujourd’hui, n’est pourtant pas de défendre une histoire ou des droits d’auteur. Il est de renouveler l’esprit de vigilance qui, s’appuyant sur la conscience de la responsabilité personnelle, sera attentif aux nouveaux lieux d’inhumanité que toute société tend à créer et à ignorer.

 

L’instruction pour tous

 

Les réformateurs du XVIe siècle ont voulu rendre le texte biblique accessible à chacun. Pour cela, il fallait que chaque personne ait la possibilité d’apprendre à lire. Atteindre cet objectif a certes pris beaucoup de temps, et l’on s’aperçoit qu’aujourd’hui encore qu’il n’est pas acquis, même chez nous. Il n’en demeure pas moins que l’accès de tous à l’instruction, indépendamment de la classe sociale et de la capacité financière, a reçu une impulsion décisive de la Réforme.

 

Pour rendre le texte biblique accessible à chacun, il fallait aussi le traduire dans la langue commune. La Bible de Luther a eu une influence considérable dans la formation de la langue allemande. Les textes de Calvin ont aussi eu un impact important sur la langue française. Dans la région neuchâteloise, la Bible d’Ostervald a pénétré dans la grande majorité des foyers dès le XVIIIe siècle et a marqué notre langage et notre culture. Pour l’anecdote, si l’on appelle encore la cabane de jardin le kikajon, on le doit à cette bible annotée. Ostervald a tout simplement transcrit le mot hébreu qui désigne la plante sous laquelle le prophète Jonas s’est abrité, à l’extérieur de Ninive, après avoir accompli sa mission prophétique dans la grande ville ( Jonas 4).

(n.c.)

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