14/07/2008

La femme adultère

La femme adultère (Jean 8:1-11)

 

Christ et la femme Adultère de Lucas Cranach (1532)La Loi de Moïse dit : « Tu ne commettras pas d'adultère » et si cela se produisait la communauté avait l'habitude, selon la coutume, d'appliquer la sanction prévue par la Loi, pour « arracher le mal du milieu de soi » (Dt 22,20-22). Elle enlevait ce mal en lapidant la personne accusée. Mais la Loi disait aussi : « Tu ne prendras pas le parti du plus grand nombre pour commettre le mal, ni ne témoigneras dans un procès en suivant le plus grand nombre pour faire dévier le droit » (Ex 23,2). Avec l'arrivée de la femme adultère, un procès s'était ouvert. Un temps de réflexion s'imposait avant de juger le faible. C'est ce temps de réflexion que prend Jésus en se penchant sur le sol. Il prend, face au problème qui surgit, une pause, une sorte de distance pacifique qui lui permettra de descendre en son cœur pour ouvrir une troisième voie…

 

     Derrière le procès de la femme, c'est le motif du procès de Jésus que l'on cherche : un motif permettant de l'accuser, de l'arrêter et peut-être, de parvenir à le faire condamner. On l'intime de répondre : « Toi, que dis-tu? » (Jn 8,5). Le couperet tombe : « Que celui d'entre-vous qui est sans péché, lui jette la première pierre » (Jn 8,7). Le procès s'est tout à coup déplacé. Les accusateurs sont devenus les accusés.

 

     La réception de cet incident a donné lieu dans l'Église à deux grandes lignes d'interprétations de ces paroles selon que l'on attribue ce texte à l'évangéliste Luc ou au rédacteur final de l'Évangile de Jean. Ces deux grandes lignes d'interprétations sont cependant complémentaires.

 

     Dans la perspective lucanienne, on insiste sur la dimension de compassion et de miséricorde de ces paroles de Jésus. C'est l'énoncé de la Bonne Nouvelle du pardon qui fait éclater le cercle mortifère où Jésus et la femme étaient ensemble enfermés. Ces paroles de Jésus furent la clé qui ouvrit la porte de l'enfer, permettant de s'y échapper.

 

     Dans la perspective johannique, ces paroles, encadrées par un double geste symbolique, furent considérées comme prophétique. Jésus écrit avec son doigt sur la terre (Jn 8,6.8) l'énoncé d'une Nouvelle Loi et, pour ce faire, il reprend le geste de Dieu qui écrivait la Loi sur les tables de pierres au mont Sinaï. Les cœurs de pierres retrouvent ainsi leur humanité. Par ces paroles, Jésus délie ce qui en obstruait la possibilité.

 

     Toute interprétation de la Loi est colorée de l'humanité de celui qui l'interprète. C'est dans le cœur que cette Loi prend toute sa saveur. La Parole dite sans amitié, ne saurait être en mesure de témoigner!

 

Texte de Yolande Girard (Bibliste, Montréal)

 

 

Un commentaire concernant les critiques faites l’encontre de ce fragment (Jean 8 :1-11).

J’ai lu récemment sur un site islamique des accusations comme quoi ce fragment ne serait pas authentique. Accusation sur base du fait que certains anciens critiques et exégèse le contestent. (Evidemment, l’islam se rallie à cette thèse du fait qu’il pratique toujours la lapidation en divers endroits).

Pourtant, plusieurs interprètes éminents, Augustin, Bengel, Hug, Ebrard, Stier, Lange, soutiennent l'authenticité de ce fragment alléguant avec Augustin qu'il n'a été retranché, à l'origine, que par la crainte de l'influence morale qu'il pouvait exercer à une époque où, d'une part, un grand relâchement des mœurs et, d'autre part, un faux ascétisme s'étaient introduits dans l'Eglise.

Les savants l’ont replacé dans la suite à cette place, parce que le piège tendu à Jésus (verset 6) paraissait en harmonie avec les dispositions hostiles des autorités à son égard. (Jean 7.32, 45 et suivants)

 

Quant à la vérité historique du fait, on peut dire avec Meyer : "Cette histoire porte un tel cachet d'originalité, il est si évident qu'elle n'est imitée d'aucun autre récit de la tradition évangélique, qu'il est impossible d'y voir une légende d'un temps postérieur, sa vérité interne se justifie facilement par l'exégèse, malgré les doutes qu'on a soulevés."

Commentaires

Bonsoir, Jésus a déjoué bien des pièges. Et l'on essaie toujours de piéger les saints d'esprit, mais ils ne sont pas Jésus.
la femme, dans les religions monothéistes a toujours été déconsidérée, et je trouve cela regrettable. Même si la religion chrétienne est moins tyrannique et ne châtie plus, même si les doctes esprits sont moins étriqués.

Écrit par : Edouard | 2008-07-14 à 21.12:15

Edouard Bonjour Edouard,
La femme a toujours été déconsidérée quelle que soit la religion, athéisme y compris ! J'ignore pourquoi vous vous limitez au monothéisme.
Ma femme est issue d'une famille hindoue et je peux vous dire que de nombreuses femmes hindoues ont déjà affirmée qu'elles "préféreraient être réincarnée en chien plutôt qu'en femme". Ca en dit long !
En Inde, il arrive que l'on brûle vive une femme avec son défunt mari, au prétexte qu'elle n'a pas su s'occuper de lui.
Pas mariée à 20 ans ? Pas de valeur. Pas vierge ? Pas de valeur. Etc...
Je vous passe la considération d'objet sexuel qu'avaient les romains polythéistes.

Et dans notre société laïque, les femmes sont-elles égales à l'homme ? (salaire,..)

Bonne réflexion.

Écrit par : Stéphane | 2008-07-15 à 09.47:30

Stéphane - femme dévalorisée Stéphane,

Bien parlé !

Paix !!!

Écrit par : Ayoub, musulman serviteur de Dieu InchaAllah | 2008-07-15 à 17.35:57

Les commentaires sont fermés.