06/06/2008

Algérie : articles du 27 mai au 5 juin

drapeau-algerie-772063Procès d'un convertie au christianisme en Algérie: Paris espère la clémence 

(27 mai)

La secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme, Rama Yade, a qualifié de "triste" et "choquant" le procès en Algérie d'une femme convertie au christianisme, disant espérer un "geste de clémence" à son égard, dans un entretien dimanche à Radio J.

 

"C'est triste, c'est choquant, d'abord parce que cela contrevient à la déclaration universelle des droits de l'Homme", qui proclame dans son article 18 la liberté de pensée, de conscience et de religion, a déclaré Mme Yade.

 

"Conformément à l'article 18 de la déclaration universelle des droits de l'Homme et conformément à la tradition d'hospitalité de l'Algérie, je crois que ce serait bien d'avoir un geste de clémence", a-t-elle ajouté.

 

Le procureur de Tiaret, dans l'ouest de l'Algérie, a requis mardi trois ans de prison ferme contre Habiba Kouider, 37 ans, convertie au christianisme et jugée pour exercice illégal d'un culte non-musulman, en vertu d'une loi de 2006. Le verdict est attendu mardi, selon le président de l'Eglise protestante d'Algérie.

 

"Le christianisme ne menace pas l'islam en Algérie", a estimé Mme Yade. "Les chrétiens en Algérie sont 1% de la population, c'est-à-dire à peu près 11.500 personnes, 32 églises par rapport à 32.000 mosquées, donc je ne pense pas qu'il y ait une menace religieuse".

 

La secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme a relevé qu'il ne s'agissait "pas du premier cas de ce type", évoquant celui d'un prêtre catholique français, Pierre Wallez, condamné en avril à deux mois de prison avec sursis pour prosélytisme, par la cour d'appel de Tlemcen (ouest de l'Algérie).

 

"Mais j'ai confiance dans la tolérance du peuple algérien", a encore indiqué Mme Yade. 

 

Habiba a-t-elle le droit, OUI ou NON d’être chrétienne ? 

(28 mai) 

Les griefs retenus contre "l’apostate" est "la pratique de culte non musulman sans autorisation". Le procureur près le tribunal correctionnel de Tiaret a requis trois ans de prison ferme, mardi passé, contre Habiba et le verdict sera connu aujourd’hui.

 

La jeune Tiartie, Habiba K., éducatrice pour enfants de son état, a été déférée la semaine écoulée devant le tribunal correctionnel de la ville de Tiaret. Son tort : avoir été arrêtée en possession de bibles et d’évangiles. Selon la loi de février 2006, Habiba risque une peine de prison allant jusqu’à cinq ans d’emprisonnement. Les griefs retenus contre "l’apostate" est "la pratique de culte non musulman sans autorisation".  Le procureur près le tribunal correctionnel de Tiaret a requis trois ans de prison ferme, mardi passé, contre Habiba et le verdict sera connu aujourd’hui. Signalons  qu’aujourd’hui, six autres nouveaux convertis au christianisme seront jugés pour prosélytisme évangéliste par le même tribunal.  Cette histoire qu’on appelle désormais "l’affaire Habiba", a soulevé un tollé même dans la presse de l’Hexagone.

 

Ainsi, Rama Yade, secrétaire d’Etat française aux droits de l’Homme, a qualifié de "triste et choquant" le procès contre Habiba. Tout en estimant que la religion chrétienne n’est pas une menace contre l’islam, elle en appelle à un geste de "clémence envers Habiba".  De leur côté, les organisations et militants des droits de l’Homme estiment que cette compagne contre les Algériens convertis au Christianisme constitue une "grave atteinte à la liberté de conscience et de religion". Ils appellent les pouvoirs publics à plus de respect de la liberté de conscience garantie par la loi fondamentale du pays. Par ailleurs, ils se demandent quelle sera la réaction des musulmans s’ils étaient victimes des mêmes agissements de la part d’autres communautés religieuses en dehors du monde musulmans ?  Rappelons que cette campagne contre "le prosélytisme évangéliste" en Algérie est menée depuis quelques temps par certains cercles, notamment quelques titres de presse connus pour leur accointances avec les milieux intégristes.  Ces mêmes cercles désignaient à la vindicte nationale les néo-convertis au christianisme, notamment en Kabylie pour en faire leur cheval de bataille contre cette région connue pour sa laïcité.     

 

M. Mouloudj 

 

Une chasse aux chrétiens convertis? 

(30 mai) 

Neuf Algériens convertis au christianisme sont actuellement sous le coup d’une condamnation dans leur pays. Ils sont accusés de prosélytisme, sur fond de climat tendu entre les dirigeants politiques algériens et les évangélistes chrétiens.

 

Loi restrictive?

 

Trois affaires sont en cours. La première concerne deux convertis, condamnés le 20 novembre 2007 par contumace à deux ans de prison ferme et 5.000 euros d'amende chacun pour exercice illégal d'un culte non musulman. Ils ont demandé à assister à un nouveau procès et sont actuellement rejugés devant le tribunal correctionnel de Tissemsilt, à 350 km au sud-ouest d'Alger. Mercredi, la cour a reporté au 18 juin leur procès, a annoncé à l'AFP leur avocate Me Khelloudja Khalfoun.

 

En Algérie, l'exercice d'un culte - musulman on non musulman - est conditionné: il est nécessaire d’obtenir un agrément fixant le lieu du culte et d'un autre pour le prédicateur, selon une loi promulguée en février 2006. Cette loi est considérée comme restrictive par le chef de l'Eglise protestante d'Algérie Mustapha Krim, qui demande son abrogation. Une hypothèse balayée d’un revers de la main, mardi soir, par le ministre de la Communication. Abderrachid Boukerzaza a exclu que cette loi soit abrogée.

 

Autre affaire, même chef d’accusation: Habiba Kouider, une éducatrice de 37 ans, comparaissait mardi devant le tribunal correctionnel de Tiaret (sud-ouest algérien) pour «prêche d'un culte non-musulman sans autorisation». Elle avait été arrêtée dans un autobus en possession d'une dizaine de Bibles, selon Mustapha Krim, et de 25 Bibles, selon le ministère des Affaires religieuses. Le procureur de Tiaret avait requis le 20 mai trois ans de prison ferme contre cette éducatrice avant d’ordonner, mardi, un complément d'information, affirme l’AFP. Un procès qualifié de «triste» et «choquant» par la secrétaire d'Etat française aux Droits de l'homme, Rama Yade, mardi sur la station parisienne «Radio J».

 

«Atmosphère de lynchage»

 

Le même jour, ce tribunal a ouvert un autre procès pour juger l’affaire de six autres Algériens convertis. Le procureur a requis deux ans de prison ferme et une amende de 500.000 dinars (5.000 euros environ). Le verdict doit être prononcé le 3 juin. Accusés d'exercice illégal d'un culte non-musulman, ils avaient été interpellés à la sortie d'une maison où, selon l'accusation, ils venaient de tenir une messe sans autorisation.

 

Selon «Liberté», Habiba Kouider et les autres convertis, sont «victimes d'une atmosphère de lynchage et de la montée en puissance des lobbys islamo-conservateurs, qui veulent en faire un exemple».

 

La persécution des chrétiens ou le défi de la pluralité

(2 juin)

Il ne faut pas oublier que cette loi, qui conditionne l’exercice d’un culte à l’obtention d’un agrément fixant le lieu du culte et d’un autre pour le prédicateur, concerne également le culte musulman. Elle a d’ailleurs été adoptée pour réglementer l’ouverture des mosquées et surveiller les imams qui y prêchent.

 

L’Algérie abrite des confessions religieuses différentes. Pourquoi cette vague de procès?

Il y a un processus d’aggravation des conditions de pratique du culte chrétien en Algérie, depuis environ un an. Les procès se sont en effet multipliés et la Ligue algérienne des Droits de l’homme a relevé plusieurs atteintes à la liberté du culte. Le problème, c’est que nous ignorons pourquoi. Est-ce une façon de faire diversion pour le gouvernement, fragilisé par des luttes internes et par les dégradations des conditions de vie an Algérie ? Existe-t-il une volonté d’imposer un islam plus rigoriste ? Ce n’est pas clair.

 

La loi de 2006, invoquée pour poursuivre les chrétiens convertis, est-elle restrictive comme l’affirme le chef de l’Eglise protestante d’Algérie, Mustapha Krim?

Il ne faut pas oublier que cette loi, qui conditionne l’exercice d’un culte à l’obtention d’un agrément fixant le lieu du culte et d’un autre pour le prédicateur, concerne également le culte musulman. Elle a d’ailleurs été adoptée pour réglementer l’ouverture des mosquées et surveiller les imams qui y prêchent.

 

La société civile algérienne a-t-elle évolué vers moins de tolérance religieuse?

Non, les journaux indépendants, la ligue algérienne des droits de l’homme et des associations ont d’ailleurs pris position en faveurs des convertis. Je pense sincèrement que la chasse aux chrétiens convertis ne vient pas du bas mais du haut, donc du pouvoir. Le phénomène de la conversion est nouveau, tout comme celui de l’athéisme, notamment en Iran, dont on parle peu. De plus, ces conversions ne sont pas tournées vers l’Eglise catholique, bien implantée en Algérie, mais par le biais des évangélistes protestants que les autorités connaissent moins. L’émergence d’une nouvelle catégorie de population effraie le pouvoir car celui-ci ne sait pas gérer le pluralisme. Or, le pluralisme religieux pose aussi le problème de la pluralité politique. Je crois que le régime a simplement du mal à gérer une ouverture à la mondialisation culturelle, vécue comme un basculement dans une société repliée sur elle-même.

 

Recueilli par Sandrine Cochard

 

Le Haut Conseil islamique dénonce l'évangélisation clandestine

(3 juin)

Le président du Haut Conseil islamique Cheikh Bouamrane a dénoncé des activités évangéliques clandestines contre l'islam et réaffirmé que l'Algérie n'était "pas hostile" aux chrétiens, dans un entretien publié lundi par le quotidien arabophone al Khabar.

 

Cheikh Bouamrane, islamologue et ancien doyen de la faculté d'Alger, a rappelé que la loi controversée de février 2006 réglementant le culte des non-musulmans "stipule que la liberté de conscience est garantie, y compris pour la minorité chrétienne".

 

Mais, souligne-t-il, "le mouvement d'évangélisation porte atteinte à l'islam, ce qui est inacceptable parce que l'islam est la religion d'Etat et la religion de la majorité des Algériens".

 

"Le mouvement d'évangélisation se caractérise par une activité clandestine portant atteinte au saint coran et à la sunna du prophète" Mahomet, a-t-il estimé.

 

Plusieurs procès sont en cours en Algérie contre des convertis accusés de prosélytisme religieux parmi les musulmans, dont ceux intentés à Habiba Kouider, 37 ans, et six jeunes à Tiaret (sud-ouest d'Alger).

 

Quatre convertis condamnés à la prison avec sursis, deux relaxés

(4 juin)

Quatre Algériens convertis au christianisme ont été condamnés mardi à des peines de prison avec sursis et deux autres relaxés par le tribunal correctionnel de Tiaret (sud-ouest) qui les jugeait pour "pratique illégale d'un culte non musulman", a annoncé leur avocate à l'AFP.

 

Un converti a été condamné à six mois de prison avec sursis et une amende de 2.000 euros environ, et les trois autres à deux mois de prison avec sursis et une amende de 1.000 euros chacun, a précisé Me Khelloudja Khalfoun.

 

Deux autres convertis appartenant au même groupe ont été relaxés, a précisé l'avocate.

 

Me Kheloudja a indiqué à l'AFP qu'elle allait faire appel de ce jugement.

 

Le groupe composé de six personnes avait été interpellé à Tiaret début mai à la sortie du domicile d'un deux et accusés d'avoir participé à une messe dans ce lieu qui n'est pas prévu à cet effet, selon les forces de sécurité.

 

Selon la loi controversée de février 2006 réglementant le culte en Algérie, le lieu de culte et son servant doivent être agréés par le ministère des affaires religieuses.

 

Discriminations anti-chrétiennes : le scandaleux silence des algériens de France

(5 juin)

Des chrétiens condamnés en terre d’islam, en l'occurrence l’Algérie, pour « exercice illégal du culte chrétien », quelle nouvelle ! Rien de bien étonnant pour qui suit l’actualité des persécutions anti-chrétiennes dans les pays de la prétendue « religion de paix ».

 

En réalité rien de bien étonnant, les minorités chrétiennes ne sont tolérées que « soumises », et c’est un miracle de Dieu si de petits noyaux durs subsistent encore malgré les règles tatillonnes conçues pour entrainer mécaniquement leur conversion à la religion dominante.

 

Ce qui me choque, dans cette affaire, c’est le silence assourdissant des algériens de France. Après tout, l’Algérie fait ce qu’elle veut. Pour acheter la paix civile, la dictature algérienne se doit de donner des gages aux islamistes. Mais « nos algériens », qui réclament une place de choix pour l’islam en France, la construction de mosquées au travers du subventions publiques déguisées (associations culturelles subventionnées ou terrains abandonnés pour une bouchée de pain), où sont-ils lorsque leur pays d’origine pratique une politique de discrimination, à l’encontre de leurs revendications affichées ? Je croirais à leur bonne foi lorsque je les verrais manifester rue de Monceau, devant l’ambassade l’Algérie. Çà n’est pas demain la veille, vous l’avez compris !

 

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