07/04/2008

Soudan : Irrespect envers les chrétiens

Un marché de voitures dans un cimetière chrétien 

  (article topchrétien)

 

A Khartoum, capitale du Soudan, il n’y a guère de place pour les chrétiens, même après leur mort. La transformation du cimetière chrétien de la ville en marché de voitures d’occasion montre bien les difficultés rencontrées par la communauté chrétienne, minoritaire dans la partie nord du pays, essentiellement musulmane.

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Le principal cimetière chrétien – et le seul « officiel » – de cette ville de quelque 8 millions d’habitants occupe 1,6 hectare de terrain donné à cet effet aux Eglises de Khartoum par l’ancien vice-président Abel Alier en 1975. Le Conseil des Eglises du Soudan (SCC) en détient les droits de propriété au nom de ses Eglises membres.

 

Pour assurer une utilisation rationnelle de l’espace, le terrain a été divisé en deux moitiés, dont une seule était réservée aux tombes. Il était prévu d’utiliser également la seconde dès qu’il n’y aurait plus de place dans la première, ce qui va bientôt arriver.

 

Mais en novembre 2007, la partie vide du cimetière a été occupée par des intrus qui ont commencé à y tenir un marché au bétail. « Imaginez un peu », déclare le pasteur Peter Tibi, secrétaire général du SCC, « on vendait des animaux sur un lieu à caractère sacré. »

 

A la suite de vives protestations des responsables des Eglises, le marché au bétail a été déplacé un peu plus loin, mais les chèvres et les moutons ont été bientôt remplacés par des voitures d’occasion. Aux yeux des vendeurs, ce vaste terrain plat semblait idéal pour y exposer les voitures et les faire essayer.

 

Cette occupation illégale du cimetière chrétien a figuré parmi les problèmes soulevés le 27 mars, lorsque Hassan El Tighani, ministre des directives et des fondations, a reçu une équipe oecuménique de représentants d’Eglises, conduite par le pasteur Samuel Kobia, secrétaire général du Conseil oecuménique des Eglises (COE). Le groupe était accompagné par des responsables du SCC, qui était son hôte au Soudan.

 

« J’ai été choqué d’apprendre qu’un marché au bétail profanait un lieu qui devrait être sacré », a déclaré le pasteur Kobia au ministre, en le priant instamment de trouver une solution au problème. M. El Tighani a répondu qu’il comprenait cette préoccupation et a assuré la délégation qu’il s’engageait à porter l’affaire devant le Conseil des ministres.

 

Le groupe oecuménique en visite dans la capitale constituait l’une des quatre équipes se rendant dans différentes régions, y compris celles du Darfour, de Rumbek et de Yambio. Cette visite de solidarité aux Eglises et organisations oecuméniques soudanaises s’est étendue sur huit jours, du 26 mars au 2 avril, et a comporté une conférence de trois jours réunissant des responsables d’Eglise, des femmes et des jeunes à Juba, capitale du Soudan du Sud.

 

Cette visite avait lieu vers le milieu de la période intérimaire fixée par l’Accord global de paix de 2005 mettant fin à une guerre civile dévastatrice de 21 ans entre le Nord et le Sud, qui a fait plus de 2 millions de morts et déplacé 4 millions d’habitants ; elle a été saluée par le SCC, qui a déclaré qu’elle se déroulait « à un moment opportun de l’histoire du Soudan ».

 

Elle a permis à des représentants de la famille oecuménique mondiale de découvrir les espoirs, les joies et les peines des Eglises soudanaises qui, comme elles l’affirment elles-mêmes, « sont confrontées à des tâches et à des défis gigantesques ». Si certains de ces défis sont dus à la guerre ainsi qu’à la poursuite des hostilités dans la région occidentale du Darfour, d’autres ont leur origine dans la situation de minorité que connaissent les Eglises du nord du pays, essentiellement musulman.

 

Au Soudan, les chrétiens représentent environ 17% de la population, estimée à 39 millions, mais leur répartition n’est pas uniforme. La plupart d’entre eux, soit peut-être 90%, vivent dans la partie sud du pays, tandis qu’ils sont beaucoup moins nombreux dans le nord. Le SCC compte 14 Eglises membres, y compris les Eglises catholique romaine et épiscopalienne, orthodoxes, protestantes, pentecôtistes et d’institution africaine. Les Eglises protestantes sont regroupées dans l’Association chrétienne évangélique du Soudan, affiliée à l’Alliance réformée mondiale. A côté des musulmans et des chrétiens, on compte quelque 10% d’adeptes de religions traditionnelles africaines.

 

A cause de leur situation minoritaire, les Eglises soudanaises connaissent parfois des difficultés insurmontables pour obtenir des terrains pour leurs constructions. Certaines ont même vu leurs sanctuaires confisqués par le gouvernement national ou celui de l’Etat de Khartoum.

 

« Il m’a fallu près de 10 ans pour obtenir mon propre terrain ; c’est la norme en matière de propriété foncière au Soudan », a expliqué le ministre El Tighani à la délégation oecuménique. Il a cependant affirmé que ses services pouvaient parfois intervenir pour faire avancer les procédures compliquées, en ajoutant que certaines mosquées avaient aussi été expropriées par les services du développement de la ville.

 

L’affaire des voitures d’occasion en vente dans le cimetière chrétien de Khartoum a également été au cœur des discussions de la délégation oecuménique avec la Commission spéciale des droits des non-musulmans de la capitale nationale.

 

Cette commission, dans le nom de laquelle le terme « non-musulmans » signifie en fait « chrétiens », a été créée aux termes de la constitution provisoire pour conseiller le président Omar El Bashir. Composée par moitié de chrétiens et de musulmans, elle se penche essentiellement sur les problèmes posés par l’application de la charia, loi religieuse islamique, aux chrétiens.

 

« La présence d’un marché au bétail sur ce terrain était une insulte », a reconnu le secrétaire général de la commission Abdul-Majeed Khojali, musulman. Joshua Dau Diu, président chrétien de cette instance, a affirmé aux visiteurs oecuméniques que cette affaire « préoccupe non seulement les chrétiens mais aussi les membres musulmans de la commission, qui ont protesté énergiquement contre cet état de choses ». Mais il a aussi ajouté que la persistance du problème demeure « un mystère ».

 

Mystère ou non, la question continue à mettre à l’épreuve la portée et la réalité de la « coexistence » entre musulmans et chrétiens, qui fait l’objet des efforts du Conseil interreligieux du Soudan depuis 2002. ONG indépendante, ce conseil se préoccupe entre autres du problème du cimetière. « Nous jouons notre rôle en gardant un profil bas, mais nous avons été très efficaces dans plusieurs cas », affirme Faruk Bushra, secrétaire général.

 

« Mais les autorités ne prennent pas l’affaire au sérieux », déclare Peter Tibi, qui craint que les fidèles des Eglises ne soient tentés de passer à l’action. « Dieu n’empêche pas les gens de mourir, et il faut bien les enterrer. Le temps presse et la patience des gens est à bout. » 

 

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