21/02/2008

Suisse : Ces évangéliques méconnus

suisseSuisse : Ces évangéliques méconnus 

 

Une étude vient de paraître (Ed. Labor et Fides) sur les Eglises évangéliques de Suisse, lesquelles groupent 150’000 croyants dans 1500 communautés et Eglises.

 

Les chrétiens de tendance évangélique ne se distinguent du « Suisse moyen » ni par leur revenu ou leur formation - on compte parmi eux autant d’universitaires que dans le reste de la population - ni par leur habitat - ils résident tant en ville qu’à la campagne. C’est leur mode de vie et leurs positions morales qui diffèrent : plus de 80% d’entre eux lisent la Bible et prient chaque jour, et se rendent au moins une fois par semaine au culte. Ils ont davantage d’enfants (1,9 par femme contre 1,4), et les mères occupent moins souvent un emploi rémunéré que dans le reste de la population. Enfin, 50% des évangéliques ne votent pas pour les partis qui leur sont traditionnellement proches, comme l’Union démocratique fédérale (UDF) ou le Parti évangélique (PEV). Ils témoignent d’une ouverture politique que leurs positions idéologiques (souvent opposées à l’avortement, à l’homosexualité et aux relations sexuelles avant le mariage) ne laissent pas deviner. Olivier Favre, sociologue et pasteur de l’Eglise évangélique apostolique de Neuchâtel, a procédé à une étude à partir de 1100 questionnaires. Interview.

 

La Vie protestante : Comment distinguer les évangéliques suisses ?

 

Olivier Favre : Ils représentent près de 2% de la population du pays, près de 3% si on leur ajoute les évangéliques membres des paroisses réformées. Ils sont en expansion, de 0,5 à 1% ces dernières années. Cinq caractéristiques leur sont propres : l’importance donnée à l’autorité de la Bible et du Christ ; l’aspect missionnaire - tout chrétien évangélique entend diffuser sa foi autour de lui ; l’insistance accordée à la conversion personnelle, soit au moment où il décide de vouer sa vie à Jésus. Enfin, le fait de se sentir d’abord chrétien évangélique, membre d’un même milieu plutôt que d’une paroisse.

 

La VP : Vous décelez pourtant des différences au sein de ce même milieu...

 

O. F. : Un tiers des chrétiens évangéliques se reconnaissent dans les Eglises pentecôtistes ou charismatiques. Ils accordent une place importante, dans le culte, à la musique et à la louange. Ils croient au baptême du Saint-Esprit et aux dons spirituels accordés aux adeptes. Plus de la moitié se reconnaissent dans le groupe des « modérés », le plus proche du protestantisme officiel. Dans le canton de Berne par exemple, l’Evangelische Gemeinschaft ne s’est jamais vraiment séparée de l’Eglise officielle. Se rattachent également à cette tendance les Eglises méthodistes, l’Eglise libre de Genève ou de Neuchâtel, et les 37 Assemblées et Eglises Evangéliques de Suisse romande. Dans cette partie du pays, le nouveau Réseau évangélique réunit donc les « modérés » et les charismatiques. A l’opposé, 10% des évangéliques sont des chrétiens très conservateurs, aux normes d’habillement parfois strictes et opposés à toute collaboration avec l’Eglise réformée. En Suisse romande, il s’agit des darbystes ou du Bruderverein en Suisse alémanique.

 

La VP : Mais, en général, les évangéliques sont tout de même assez conservateurs...

 

O. F. : Pour un évangélique, la Bible a été inspirée par Dieu lui-même et ne doit pas être lue au second ou au troisième degré, même si elle peut être réactualisée. Par exemple, même si Saint Paul affirme que la femme doit porter un voile pour prier, la plupart des évangéliques ne le font pas. Ils conservent cependant une morale judéo-chrétienne traditionnelle (condamnation de l’avortement ou de l’homosexualité, etc.). Par conséquent, dans les médias, l’image de marque des évangéliques n’est pas bonne : soit on ignore de quoi il s’agit, soit on livre un cliché rigoriste de gens peu impliqués dans la société. On méconnaît les engagements démocratiques et humanistes d’avant-garde de l’Eglise évangélique, qu’il s’agisse d’Henri Dunant, co-fondateur de l’Alliance évangélique de Genève et père de la Croix-Rouge, de l’Armée du Salut, qui fit scandale à ses débuts en permettant aux femmes de prêcher, ou du pentecôtisme, une des premières communautés à réunir Noirs et Blancs aux Etats-Unis. Aujourd’hui, bien des évangéliques restent convaincus que la société leur demande un engagement dépassant la défense d’une morale judéo-chrétienne. Mais ils peinent à communiquer ces nuances.

 

La VP : La méfiance du public ne s’explique-t-elle pas par l’impression que ces Eglises font feu de tout bois pour se gagner des adeptes (publications tapageuses, cultes « branchés » destinés aux jeunes, cours Alpha) et financer leurs activités ?

 

O. F. : Il peut y avoir des maladresses dans la manière d’énoncer le message. Utiliser une forme adaptée et contemporaine ne pose pas de problème en soi ; il ne faut cependant pas que la forme l’emporte sur le fond. Les cours Alpha, ces soirées de discussion ouvertes à tous, dispensant un catéchisme de base suivi d’un repas, sont souvent donnés ici par des chrétiens dont la foi est évangélique. Ces cours ont cependant été créés en Angleterre par l’Eglise anglicane, et en France ce sont les catholiques qui les reprennent et les diffusent avec succès. Quant à la dîme, soit au fait de verser 10% du salaire pour financer les activités de l’Eglise, c’est un principe tiré de l’Ancien Testament que beaucoup d’évangéliques pratiquent.

 

Sylvie Fischer - ProtestInfo

 

 

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