18/09/2007

Chrétiens torturés par des chiites

irakMoyen-Orient: Les chrétiens irakiens pris entre deux feux(source voxdei) Les chrétiens irakiens, largement minoritaires, redoutent la montée en puissance de l’intégrisme chiite. Ils craignent de ne pas être considérés comme des citoyens à part entière dans l’Irak de demain.

par Anne-Sophie LE MAUFF
Envoyée spéciale à Bagdad  La profondeur des blessures trahit l’intensité des sévices. Sur ses bras, jambes et thorax, on ne voit que des traînées rouge vif. « Ils m’ont ébouillanté à plusieurs reprises », lance le vieil homme, encore choqué par dix jours de tortures. Il y a trois mois, Ismaël a été enlevé dans sa petite entreprise située au cœur de Karada, le quartier chrétien de Bagdad où les femmes osent se promener cheveux lâchés au vent. Ils étaient sept jeunes hommes. En apparence bien éduqués. « Au début, j’ai voulu résister lorsqu’ils m’ont ordonné de monter dans la voiture. Mon fils m’a alors hurlé en chaldéen : “Je t’en supplie, Papa, fais ce qu’ils te disent sinon ils vont te tuer.” » L’homme n’a pas 70 ans mais, depuis son enlèvement, on lui en donne facilement dix de plus. Transporté dans le coffre, les yeux bandés, Ismaël se souvient d’un long voyage chaotique. Aujourd’hui, tout lui laisse penser que la destination finale était le quartier chiite pauvre de Bagdad, Sadr City. Enfermé dans une maison, avec uniquement de l’eau et quelques biscuits trop secs pour être avalés, le père de famille a tant bien que mal résisté.
« Au début, ils m’ont juré qu’ils ne me feraient rien car ils appartenaient à la Hawza, l’autorité religieuse chiite », dit-il. Très vite, les sévices ont commencé. Eau bouillante versée sur le corps, brûlures de cigarettes et menaces d’exécution sommaire pendant les trois premiers jours. Ismaël revient de loin. Pour lui, c’est clair : plus qu’à son argent, c’est à sa qualité de chrétien qu’on s’est attaqué. En plus de payer de sa propre chair, le père de famille a dû verser 50000 dollars à ses ravisseurs pour sa libération. Une somme modique, comparée aux 200000 dollars qu’on lui réclamait. « Ils nous appelaient jour et nuit et nous menaçaient de tuer notre père si nous ne réunissions pas l’argent », explique, très perturbé, le fils aîné.

Après dix jours d’âpres négociation, le père a été relâché et l’argent, comble de l’histoire, remis aux portes d’un poste de police irakien. Désormais, pour lui, il n’y a aucun doute à avoir, ses kidnappeurs « étaient bien des chiites ».

Un autre Beyrouth
 Dans le Bagdad de l’après-guerre, les enlèvements, les exécutions en pleine rue dues à des règlements de comptes, les assassinats déguisés en accidents ne sont pas des faits isolés. « Cela rappelle Beyrouth », commentait, il y a peu, un correspondant de guerre français. Depuis la chute de Saddam Hussein et la montée en puissance des musulmans chiites, les quelques 800 000 chrétiens d’Irak, sur 25 millions d’habitants, se montrent très préoccupés pour l’avenir de leur communauté minoritaire. L’an dernier, les représentants des Chaldéens, des Assyriens, des Syriens, des Arméniens, des Grecs et des Latins avaient dressé une liste des points à reprendre dans la nouvelle Constitution irakienne. Ils souhaitaient que soient reconnus leurs droits religieux, culturels, sociaux ou politiques et que la nouvelle Constitution « considère les chrétiens comme des citoyens à part entière ». Aujourd’hui, leur espoir est resté, dans la pratique, lettre morte. La majorité d’entre eux souhaitent prendre le chemin de l’étranger en raison de la radicalisation du discours de certains imams, prêts à tout pour instaurer un Etat théocratique en Irak.
La communauté chrétienne en Irak affiche un profil bas. La montée de l’islamisme a réveillé les peurs. Plus que jamais les chrétiens n’ont qu’une idée en tête : quitter le pays. Déjà, après l’invasion du Koweït par l’Irak, l’embargo décrété par l’ONU, et fortement appuyé par les Etats-Unis, n’a fait qu’accroître le départ de la communauté chrétienne. Depuis 1991, plus de 300 000 Assyro-Chaldéens, à savoir plus du quart de la population irakienne assyro-chaldéenne, sont partis. Ce sont surtout des jeunes qui ont quitté le pays pour l’Occident, souvent dans des conditions lamentables.

C’est le cas du fils de Zoueh, un Chaldéen originaire de Bagdad. Après avoir déboursé plus de 10 000 dollars, son fils aîné a quitté il y a deux ans le pays pour rejoindre son oncle en Allemagne. Devenu ingénieur, le jeune homme entretient désormais ses parents.

Originaires à 90 % du Nord, le Kurdistan irakien, les chrétiens d’Irak ne représentent plus que 3 à 5 % de l’ensemble de la population. Ils ne cessent de résister aux conséquences de la guerre et à la pauvreté endémique qui sévit dans le pays. Soucieuse de voir la stabilité revenir en Irak, la minorité chrétienne craint aussi d’assister, impuissante, à l’islamisation de l’Irak. Hormas Ismaël, lui, se sent soulagé. Il a longtemps souhaité en finir avec le régime de Saddam Hussein, sans pouvoir le crier à voix haute. Avec l’installation des troupes américaines et bientôt le transfert de la souveraineté aux Irakiens, ce chrétien de confession grecque orthodoxe ose croire en l’avenir. « J’ai passé trente ans de ma vie à me demander si j’allais revenir sain et sauf chez moi le soir. Sur simple dénonciation, nous pouvions être arrêtés ou emprisonnés par les membres du parti Baas. Aujourd’hui, l’avenir ne m’est plus interdit », dit-il.

Oubliés du jeu politique

Confortablement installé dans son fauteuil blanc flambant neuf, Yacoub scrute la mosquée qui fait face à son appartement. Derrière lui, la télévision hurle à tue-tête des prêches du jeune imam radical chiite Moqtada Sadr, protagoniste depuis début avril d’une insurrection. « Regardez-moi ces va-nu-pieds de chiites qui entendent tenir la dragée haute aux Américains. Qu’ils aillent au diable », s’insurge Yacoub. Visage hermétique, l’homme se déchaîne à la simple vue des hommes du Mehdi, la milice armée du leader religieux. Il craint que leur rébellion enflamme l’ensemble du monde chiite irakien. « Ces jeunes paumés sont extrêmement dangereux. Leur fanatisme risque de s’étendre bien au-delà des villes saintes », dit-il. En concluant : « Les chiites sont sales. Offrez-leur à manger, ils vous prendront votre fille.» Plutôt que de laisser sa fille « aux mains d’un chiite », Yacoub explique clairement qu’il préférerait la tuer…

Longtemps protégés par Saddam Hussein, les chrétiens irakiens se sentent aujourd’hui les oubliés du jeu politique. Sur les 25 membres du Conseil de gouvernement provisoire, on compte 13 chiites, 5 sunnites, 5 Kurdes, alors que les communautés chrétiennes sont représentées chacune par un seul membre. Le frère dominicain Youssuf Thomas est chaldéen catholique. Il dirige la revue irakienne Pensée chrétienne. Pour lui, le chrétien ne doit plus avoir peur de trouver ses marques dans la société. « Beaucoup de gens disent : “On va attendre de voir qui va diriger l’Irak et ensuite on va commencer à travailler.” Il ne faut pas agir de la sorte. Il faut oser dire : “Nous avons envie d’une démocratie de la paix et du respect.” » Sera-t-il entendu ?

La rébellion de Moqtada Sadr

Toujours retranchés au cœur de la ville de Najaf, à proximité du mausolée d’Ali, l’ambitieux imam chiite radical Moqtada Sadr et ses milices du Mehdi continuent de défier les forces de la coalition. Mal entraînés, sans expérience au combat, les rebelles sont prêts à se sacrifier pour celui qu’ils appellent « Monseigneur ». Ils subissent tous les jours de nombreuses pertes lors de combats avec les forces de la coalition, contrairement aux sunnites de Falloujah, habitués à se battre dans l’armée de Saddam Hussein. Ces miliciens utilisent les mosquées, les mausolées, les écoles comme postes de combat et entrepôts d’armes. Ces derniers temps, plusieurs dizaines d’entre eux ont été tués à Najaf, Koufa, Kerbala ou encore Nassyriah par les forces de la coalition. Prise entre les feux des rebelles et ceux des troupes de la coalition, la population, lasse, aspire à une issue favorable de la crise. Déterminés à en finir avec cette rébellion, les Américains ont déclaré vouloir capturer l’imam « mort ou vif ».

Commentaires

Vous répondez à mon souhait de paix par l'intitulé de cet article.
Sachez simplement que ceux qui torturent ne sont pas des chiites, des sunnites, ded chrétiens ou des juifs.
Ce sont des crapules.
Rien que des crapules.

Écrit par : Dr Nabu | 2007-09-18 à 08.50:50

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Article planifié Cher Monsieur Nabu, comme la plupart de mes publications, cet article était planifié (je ne me suis pas levé à 7h15 pour poster cet article). Il n’est donc pas une réponse à votre commentaire car il était planifié bien avant notre échange d’hier.
Qui plus est, c’est de l’information et ce n’est pas en arrêtant l’information que l’on contribue à la paix.
J’imagine qu’en tant que chiite, cela vous déplait d’entendre que des crimes sont commis par des personnes affirmant être chiites, mais sachez qu’entendre que Georges Bush est évangélique me dérange de la même façon car ses actes (non conformes à l'évangile) sont automatiquement attribués à l’ensemble des chrétiens (chose dont vous ne vous privez pas).
Mais je remarque, une fois de plus, que vous prenez le clavier pour faire un commentaire de mécontentement plutôt que de répondre à ma question. Aurai-je une réponse un jour ?

Sans aucune animosité.
Que Dieu vous guide

Écrit par : Stéphane, chrétien né de nouveau | 2007-09-18 à 12.36:54

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Pourquoi avoir intitulé l'article "Chrétiens torturés par des chiites". Vous auriez pu écrire: "Chrétiens torturés par des crapules".
Je suis heureux que vous pensiez, comme moi, que ce Monsieur Bush n'est pas évangélique. C'est déjà ça qui nous rapproche.
Quand à ce fameux "paraklitos", je vous ai répondu et j'ajoute;
on ne peut "raisonner" en matière de foi, cette dernière est hors de notre intelligence.
L'Evangile, même les courts extraits du 2em siècle a été écrit, copié, recopié, il y a des ajouts tardifs... tous les critiques l'admettent.
Vous croyez que le paraklitos est le Saint-Esprit.
Moi, Mohammed.
Dieu, le moment voulu, nous départagera.
Paix sur vous !

Écrit par : Dr Nabu | 2007-09-18 à 16.23:45

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prophétie Veuillez m’excuser monsieur Nabu, mais cela ne répond pas à ma question...
Je recommence, je vais essayer de simplifier.
Dans votre blog, vous citez un extrait de l’évangile de Jean pour « raisonner » sur son aspect prophétique. Si vous avez choisi d’évoquer Jean, j’en conclus que vous admettez que ce texte est inspiré de Dieu (sinon il n’aurait aucune valeur prophétique et il n’y aurait aucune raison de le citer, n’est-ce pas ?).
1. Pourriez-vous m’écrire les versets 16 et 17 de Jean 14 dans leur intégralité ?
2. Si d’aventure, vous estimez que ces versets sont déformés par recopiage, comment pouvez-vous affirmer que le début du verset (sur lequel vous basez) est correct si le reste est faux ? Je répète également que les plus anciens manuscrits de l’évangile de Jean (dont celui visible à la fondation Bodmer) sont conformes aux textes actuels et, a fortiori, aux textes dont les contemporains de Mahomet disposaient.

Merci de déjà répondre à ces 2 points, on avancera pas à pas...

Écrit par : Stéphane, Chrétien né de nouveau | 2007-09-18 à 22.55:55

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Pas de réponse Vous perdez votre temps, les musulmans réagissent instinctivement, mais sont incapables de donner des explications lorsqu'ils sont face à la réalité.

Écrit par : Claude | 2007-09-19 à 18.11:32

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